“La monnaie n’a de la valeur que dans la confiance qu’on lui accorde”, une phrase souvent répétée par les économistes de l’époque contemporaine et qui trouve toute  sa pertinence dans la réalité de la situation économique actuelle en Haïti. Ici nous sommes dans un penchant plutôt du courant Keynesianniste, c’est à dire que nous sommes conscient des connexions ou relations qui existent entre la sphère monétaire et la sphère réelle d’une économie donnée. De ce fait, avant même de parler du niveau générale des prix d’une économie , il faut a priori jeter un coup d’œil sur la situation monétaire de cette économie.

MONNAIE : PRÉSENTATION

                   Selon Raymond Barre, économiste et homme d’Etat français, dans son  ouvrage de monnaie et banque, il considère que la monnaie est tout ce qui est permis comme moyen d’échange ou un bien d’échange généralement accepté dans une communauté de paiement. Au fil du temps, la monnaie a connu diverses formes et présentait  des caractéristiques distinctes, passant de monnaie marchandises ou la monnaie remplissait deux (2) fonctions, c’est-a dire que les marchandises pouvaient être échangées contre d’autres marchandises et elles avaient une valeur intrinsèque , elles servaient aussi à la satisfaction d’un besoin, on pouvait consommer ces dites marchandises. Ensuite la monnaie passa  sous la forme métallique , parmis les métaux précieux, la prédominance de l’or et de l’argent était du au fait qu’ils pouvaient etre de petit volumes et facile à transporter.

Par la suite la monnaie de papier fera sa première apparition grâce au banquier suédois du nom de Palmstruck et aujourd’hui nous avons la monnaie scripturale qui circule par simple jeu d’écritures et pour certains pays ils sont déjà rentré dans l’air de la monnaie électronique (cryptomonnaie) (pour les cryptomonnaies, il existe tout un débat la-dessus à cause de l’effet volatil qu’elles comportent, la banque de France et d’autres autorités monétaires veulent leur enlevés leur statut de monnaie pour les appeler cryptoactifs de préférence parce qu’elles ne permettent pas de garder avec une certaine assurance le  pouvoir d’achat dans le temps). 

                    La monnaie a généralement trois (3) fonctions principales: elle joue le rôle d’intermédiaire dans les échanges, elle permet de donner une valeur aux différents biens d’une économie  et elle permet de différer une consommation dans le futur ou de garder le pouvoir d’achat dans le futur c’est la fonction de réserve de valeur. Pour exprimer la parité d’une monnaie en une autre monnaie étrangère , on utilise le terme “taux de change”, et la façon de procéder est relative au régime de change du pays, parce qu’il existe deux (2) principaux  types de régime de change , le régime de change fixe dans lequel les autorités monétaires fixent le niveau de parité de la monnaie et le régime  de change flottant dans lequel le marché monétaire détermine le taux de change à la suite de confrontations de l’offre et de la demande sur ce marché, mais à l’intérieur de ces régimes, il existe d’autres régimes qui sont qualifiés de régime intermédiaire. Le taux de change selon le régime de change influe sur le niveau général des prix (inflation) à travers le ”coefficient de pass through”.

INFLATION : PRÉSENTATION

L’inflation est considérée comme “une situation dans laquelle le niveau général des prix de l’économie augmente” selon l’économiste américain  N.Gregory Mankiw dans son manuel de macroéconomie. En effet, lorsqu’il y a une hausse généralisée et durable du niveau général des prix on parle d’inflation et c’est l’un des grands problèmes macroéconomiques que les gouvernements des pays en adéquation aux  autorités monétaires essaient de contrôler par les politiques budgetaires et monétaires. Ce phénomène a pour conséquence principale de ronger le pouvoir d’achat des consommateurs si leurs revenus ne sont pas indexés par rapport à l’augmentation des prix. Du côté des producteurs l’inflation peut rendre moins compétitives les prix des entreprises, parce que les acheteurs non-résidents chercheront toujours le produit dans un pays où il y a un meilleur rapport qualité-prix.

Et du côté du secteur public l’inflation peut toutefois réduire la dette publique mais elle reste quand même une menace au pouvoir d’achat de la monnaie et un danger pour la conjoncture économique et financière si elle n’est pas maîtrisée par les autorités en place. Les causes de l’inflation sont diverses mais particulièrement, les variations des prix dans une économie sont dues au fait qu’il y ait un accroissement de la masse monétaire non proportionnel à la production des biens et services dans l’économie (théorie quantitative de a monnaie), un excès de la demande sur l’offre globale (la loi de l’offre et de la demande), un déficit budgétaire financé par les avances de fonds de la banque centrale ( appelé dans le temps « la planche à billet ») et un manque de confiance dans la monnaie nationale. Signalons que ces symptômes de l’inflation sont non susceptibles de la constituer à eux seuls.

HAITI

Certainement, en Haïti, la quantité de gourde qu’il fallait 5 ans de cela pour se procurer un bien est nettement inférieur à cellequ’on aura besoin aujourd’hui pour se procurer le même bien . Comme nous l’avons bel et bien mentionné précédemment, le niveau général des prix en Haïti est largement tributaire de la situation monétaire. Donc si on parle d’inflation il faut certainement nous référer à la masse monétaire et au taux de change . A titre d’illustration, nous allons nous situés sur la période de 2019-2020 pour mieux cerner le phénomène. De 4,14 milliards de gourdes le 24 juin 2019, le financement monétaire du déficit budgétaire du gouvernement par la Banque de la République d’Haïti (BRH) est passé à 34,04 milliards de gourdes le 30 juin 2020. Il s’agit d’une augmentation de 722 % en un an, et nous ne pouvons pas attribuer toute cette augmentation au problème de Covid 19 puisqu’au 31 mars 2020, le financement monétaire était déjà fixé à 28,8 milliards de gourdes contre seulement 3,96 milliards à la fin du mois de mars 2019, selon les Notes sur la politique monétaire des mois de juin 2019 et 2020 publiées par la BRH. Durant cette même période, on peu constater que le taux de change de référence pour le mois de juin 2019 étaitde 92.73 gdes pour 1 dollar et passe à 111.47 gdes pour 1 dollar pour le mois de juin 2020 , donc l’augmentation de la masse monétaire du financement monétaire sans contrepartie au secteur réel a fait chuter la valeur de la monnaie locale. Et au cours de cette même période de juin 2019 à juin 2020 l’indice des prix à la consommation passa de 121.6 à environ 151,6 pour avoir un niveau général des prix de 24.7% en juin 2020 contre 18.6% en juin 2019. La variation du taux de change a eu une grande implication dans cette augmentation de l’inflation , donc l’augmentation de la masse monétaire a influé sur le taux de change pour déprécier la monnaie et cette dépréciation de la monnaie a fait grimper les prix des produits dans l’économie.

En dépit de l’augmentation de la masse monétaire sans contrepartie de production de biens et services qui est néfaste pour la santé d’une monnaie, le déficit budgétaire et son mode de financement n’en sont pas exemptes pusiqu’en effet, c’est le déficit budgétaire financé par la banque centrale par les avances de fonds qui fait augmenter la masse monétaire d’où l’équation : créances nettes  = Créances – dépôt; la différence entre les créances de la banque centrale et les dépôts de l’Etat à la banque centrale nous montre la valeur du financement monétaire. En ce qui a trait au manque de confiance en la monnaie, nous avons mentionné au début que ce qui fait la valeur d’une monnaie c’est la confiance que les utilisateurs ont en cette monnaie , puisque si ils ne veulent pas de cette monnaie pour n’importe quelle raison, la demande de cette monnaie va baisser et ça va chuter sa valeur et ainsi, ces utilisateurs vont chercher une valeur refuge par instinct d’arbitrage ou de spéculation, la recherche de valeur ou monnaie refuge va contribuer à baisser davantage la valeur de la monnaie locale ce qui va causer une augementation des prix des produits pour le pays détenteur de cette monnaie.

                     En définitive, certains économistes pensent que l’inflation est partout et ailleurs un phénomène monétaire(monétariste) et d’autres pensent qu’il faut se situer dans la sphère réelle pour mieux étudier ce problème . Alors que l’inflation, dépendamment de l’économie peut provenir de diverses raisons qui peuvent être monétaires ou réelles, c’est la raison pour laquelle en Haïti on considère souvent le taux de change comme un indicateur avancé de la conjoncture et dans d’autres pays comme les États Unis par exmple on ne le considère pas ainsi . Il faut capter que l’inflation peut être considéré comme signe de bonne santé économique si elle est maîtrisée , donc les autorités en place ont le devoir , par les politiques économiques qui seront mises en place de maîtriser le problème d’inflation et surtout de nos jours , on entend parler de politique de ciblage inflationniste, Le ciblage de l’inflation est un cadre de politique monétaire qui contraint la banque centrale à assurer une faible inflation (environ 2%). L’inflation prévisionnelle sert d’objectif intermédiaire; l’écart à combler entre le taux prévisionnel et le taux cible détermine le choix de l’action à mener.

                                                                                           Irving Jonathan STVAL

Bibliographie

.Macroéconomie 8e édition; N. Gregory Mankiw.

.L’économie principes et politiques 2e édition; w.J. Baumol, A.S. Blinder, W.M.Scarth.

.Mannuel de cours de monnaie et banque ; Raymond Barre.

.https://ayibopost.com/pourquoi-le-prix-des-produits-ne-cesse-daugmenter-en-haiti/

.https://www.brh.ht/statistiques/taux-dinflation/

.https://www.mef.gouv.ht/index.php?page=Vid%C3%A9os

.Note sur la politique monétaire de la BRH