La forte dépréciation de la gourde au cours des dernières décennies et les échecs incessants de la BRH pour améliorer la situation nous amène à nous demander si l’adoption de la dollarisation officielle ne serait pas la seule solution qui nous reste. Dans les années passées, l’économie haïtienne a connu de nombreuses étapes notamment celle de septembre 1990 avec l’autorisation accordée aux banques commerciales d’accepter des dépôts en dollars et un an plus tard d’autres contraintes socio-économiques ont poussé Haïti a épousé un régime de change flottant, des lors la formation des prix sur le marché des changes résulte de l’interaction entre l’offre et la demande et donc l’abandon du taux officiel de 5 gourdes/$. Cette décision insérait l’économie haïtienne de plein pied dans la structure de la dollarisation tout en y ajoutant au flot de problèmes existants dans cette économie. Parmi lesquels, citons la disponibilité et le contrôle du montant de crédit octroyé par les banques.

L’instrument monétaire dont dispose la BRH à cet effet est le taux de réserve obligatoire sur les dépôts. Il faudra attendre 1997 pour que la BRH utilise cet instrument pour les dépôts en dollars. Pour cette catégorie de dépôts, le taux restera inférieur à celui pratiqué sur les dépôts en gourdes jusqu’en 2001, favorisant ainsi une expansion sans restriction des prêts en dollars dans cette économie où, rappelons-le, le dollar n’est pas la monnaie officielle. Et environ une décennie plus tard en 2013, plus de 55% des dépôts dans les banques commerciales étaient en dollars, le volume des dépôts à vue-un indice des transactions courantes des agents économiques- étant plus important en dollars qu’en gourdes.


Dès lors, la forme de dollarisation involontaire, appelée dollarisation partielle ou defacto, s’est instauré dans le pays, moins sous le contrôle des autorités et se produit quand une monnaie étrangère circule en même temps qu’une monnaie nationale, avec des dépôts bancaires et des emprunts possiblement libellés en monnaie étrangère. La dollarisation de fait ou officieuse est un processus spontané par lequel les résidents d’un pays rejettent en partie la monnaie nationale et détiennent une large part de leurs avoirs sous forme d’actifs libellés en une monnaie étrangère sans que celle-ci ait cours légal sur le territoire national. Elle peut prendre différentes formes : l’utilisation des billets d’un institut d’émission étranger, que cette détention soit légale ou illégale; et dans le cas qui nous intéresse, l’ouverture et la création de dépôts libellés en monnaie étrangère dans des banques nationales, ce qui s’apparente à la gestion et à l’émission d’euromonnaies.

Dans l’ensemble de ces systèmes bi monétaires, la monnaie étrangère tend à être prédominante dans les dépôts bancaires, mais elle n’est pas utilisée pour le paiement des impôts et des salaires ni pour les petites transactions. Ce maintien de l’unité de compte nationale pour les transactions « citoyennes » et la vie quotidienne peut d’ailleurs expliquer le caractère réversible de ce type de dollarisation. Cela dit, même si les monnaies nationales continuent de circuler et que la dollarisation n’est donc encore que partielle et relative, cette dernière gagne en importance. La crise ne fait que s’aggraver au profit du dollar, en 2015, plus de 57 % des dépôts dans les banques commerciales se réalisaient en dollars US, selon le ministère de l’Économie et des Finances. Toujours la même année, les résultats de la dollarisation officieuse ont créé de
sérieuses disparités : les réserves de devises de 1,2 milliard de dollars se sont réduites à près de 800 millions même si les dépôts bancaires en monnaie américaine en Haïti sont en augmentation constante avoisinant maintenant les 2 milliards de dollars.

L’instabilité de la conjoncture politique renforce les anticipations négatives de la population en général et des entrepreneurs en particulier. Vu que les revenus sont en Gourdes et qu’on doit acheter à l’étranger en Dollars, chaque commerçant augmente ses prix dans la perspective qu’il aura besoin de plus de Gourdes pour remplacer les marchandises qu’il vient de vendre. Ce raisonnement est valable pour chaque haïtien. Et donc tous les Haïtiens sont devenus des agents de change. En outre, les déficits jumeaux des dernières années n’ont fait que renforcer la dépréciation de la gourde. Au fil des années les crises subissent des mutations, autrefois lies à la cherté de la vie mais a cela j’ajoute des crises politiques mais aujourd’hui le pays connait une crise de l’un des matières premières importées « le carburant ». L’ensemble de ces évènements ont fait perdre la gourde deux de ses fonctions de monnaie et elle n’est demandé qu’en raison de l’arrêté présidentiel du jeudi 1er Mars 2018 faisant l’obligation de libeller les transactions commerciales sur tous le territoire en monnaie nationale la gourde.

En février 2019, les trois principaux ratios utilisés pour mesurer la Dollarisation dans le système bancaire ne font qu’augmenter. C’est le cas avec les « actifs en devises converties », les « dépôts en devises converties en pourcentage des dépôts totaux » et le « ratio du portefeuille de prêts nets en devises converties en pourcentage des prêts nets totaux ». Jumelée à un cadre macroéconomique instable, cette aggravation a offert un terrain propice à la dollarisation partielle de l’économie haïtienne traduit par une nette augmentation du dollar dans l’agrégat monétaire M3. La dollarisation officielle n’est pas encore envisagée que comme une politique d’urgence pour sortir de la situation économique et monétaire actuelle par les élites nationales au pouvoir, comme inextricable et insoutenable politiquement. En officialisant une dollarisation de fait et en cherchant à en tirer parti, il ne s’agit pas d’aliéner la souveraineté nationale, contrairement à ce que pourrait laisser croire une analyse trop rapide. Il s’agit plutôt de trouver un moyen de la préserver, et même parfois de l’affirmer.

L’enjeu de la dollarisation reste le même. Il a trait à la nécessité de refonder la légitimité de la monnaie nationale, étant donné le peu de confiance que celle-ci inspire dans un contexte mondial et pour Haïti une occasion d’instaurer un système financier dans le pays. La dollarisation pourrait mettre fin aux crises monétaires et de la balance des paiements que nous subissons. Dès lors que la dollarisation est poussée à son terme, à savoir la disparition de la monnaie nationale, celle-ci ne peut plus à l’évidence être menacée ni par une forte dépréciation. De la meilleure crédibilité de la monnaie qui en résulte découle une baisse du taux d’intérêt baisse qui devrait à son tour rendre le crédit plus facile, conforter l’investissement et améliorer la croissance. Le deuxième avantage de la dollarisation complète est qu’en annulant tout risque de change, elle participe à la stabilisation des prix et réduit les coûts de transaction. D’où une meilleure intégration commerciale et financière pour le pays, intégration qui est, par ailleurs, considérée comme une condition nécessaire à une croissance soutenue et stable. Le troisième avantage et par le moindre
est que la dollarisation empêche tout financement inflationniste de l’État et de l’économie, Les institutions financières du pays s’en trouvent renforcées, ce qui crée un climat favorable à l’investissement tant d’origine interne qu’international. Outre ces trois arguments de type économique, un argument politique est également avancé dans le débat. La confiance retrouvée dans la monnaie à cours légal et la stabilité monétaire obtenue grâce à la dollarisation accroîtraient la légitimité du régime politique. Il en résulterait un gain de stabilité politique favorable, en retour, au maintien de la confiance.

Auteur : Daphnée BERNARD
Diplômé en économie financière


Bibliographie
Encyclopédie économique, éditions Economica, 1984
La dollarisation : polysémie et enflure d’une notion/ Cairm.info
Note de politique monétaire de la BRH
La dollarisation de l’Équateur une année plus tard
Le Nouvelliste- la dollarisation de l’économie haïtienne : une chronique inquiétante – Kathleen DORSAINVIL Docteur en économie.
Haïti – Économie : A la rescousse de la gourde –Leslie Pean
Haïti – Économie : La BRH modifie le mode de constitution des réserves obligatoires des banques.